Astier de Villatte : tous ses meubles et ses objets rappellent un style, une atmosphère d’époque, tout en étant typiquement de la récupération d’aujourd’hui.
ASTIER DE VILLATTE :
UN PRINCE DE LA « RECUP’ »
Il est architecte diplômé DPLG depuis cinq ans, restaurateur de maisons bourgeoises auxquelles il donne un chic palladien, décorateur d’appartements non-conformistes comme celui de Maria Niarchos à Saint-Germain-des-Prés, mais Jean-Baptiste Astier de Villatte est aussi un récupérateur né. Car la passion des vieux bois sculptés, des bardeaux d’échafaudages, des pieds de tables ou de réverbères en fonte, des céramiques kitsch, des cadres anciens bref de rebuts hétéroclites, à condition qu’ils offrent beauté et simplicité à son regard d’artiste, cette passion il l’a depuis l’enfance. Avec une spécialité : le bricolage maison. Rebuts repérés dans les poubelles des chantiers, dans les bennes pour le débarrassage, aux Puces d’un peu partout, dont il fait des meubles et des objets baroques et italianisants, qu’on dirait d’époque, tout en étant d’aujourd’hui (1). Un poète du pragmatisme, en somme, marqué aussi très tôt par la familiarité avec l’art : tout le monde peint, sculpte, dessine dans sa famille qui a passé quelques années, en tribu, à la Villa Médicis ! Un apôtre aussi du « retour à la rusticité qui caractérisera de plus en plus, dit-il, notre société écœurée des excès de l’industrialisation ». Et de la récupération comme solution partielle au chômage, en associant les marginaux sans ressources à ses créations.
HÉLÈNE DE TURCKHEIM
(1) Galerie Artistes et Modèles, 1, rue Christine, 75006 Paris ou chez lui, 89, avenue Denfert-Rochereau, 75014 Paris.
Commntaire:
Ce texte présente déjà plusieurs éléments essentiels de la construction publique d’une identité esthétique « Astier de Villatte » dès le début des années 1990. L’article insiste sur une singularité fondée sur la récupération, le goût des objets anciens, le bricolage savant et une sensibilité artistique héritée du milieu familial. Jean-Baptiste y apparaît non comme commerçant ou gestionnaire, mais comme auteur d’un univers décoratif cohérent et immédiatement identifiable.
La critique que l’on peut formuler tient surtout au regard journalistique de l’époque, qui réduit encore cette démarche à une forme de poésie de la « récup’ », presque marginale ou bohème, sans percevoir pleinement l’invention stylistique en train de naître. Pourtant, plusieurs notions importantes sont déjà là : le mélange du baroque italien, de l’objet populaire, de la rusticité et de la transformation artisanale des matériaux pauvres. Le texte documente ainsi un moment fondateur avant la reconnaissance institutionnelle et commerciale ultérieure de cette esthétique.
