Article au sommaire, le tout traduit du Coréen :
076 — Life & Style : Jean-Baptiste, créateur de la collection de vaisselle “Regards”
« Je veux devenir un artisan-artiste plutôt qu’un artiste. »
Le passage 076 est désormais sans ambiguïté dans cette page : il annonce Jean-Baptiste, la collection de vaisselle Collection Regards, puis la citation :
« Je veux devenir un artisan artiste plutôt qu’un artiste.
C’est bien la page d’ouverture de l’article qui m’est consacré. La phrase mise en exergue est particulièrement nette dans l’original coréen :
« Je veux être un artisan-artiste plutôt qu’un artiste. »
« Collection Regards », une vaisselle classique sur laquelle semble se déposer une lumière transparente et douce, et qui fait naître sur la table un sourire naturel.
Nous avons visité, à Chinon, en France, l’atelier du designer qui crée cette collection : Jean-Baptiste.
Nous avons rencontré directement ce merveilleux artisan, Jean-Baptiste. Il dit aimer le travail de création ; sa manière de parler en témoigne.
Ce français, Jean-Baptiste, possède un univers à la fois simple et profond. Nous allons tenter d’approcher sa conception de l’être humain à travers l’idée selon laquelle « le design est la vie ».
Photographe : PARK JUNG HYUN
Rédacteur : SONG KYONGEUN
Éditeur : KIM YOUNGHEE
(Ritz-Carlton, Séoul : 02-541-5650)
La première chose qui attire le regard lorsqu’on entre dans l’atelier de Jean-Baptiste, ce sont les plantes et les petits objets qui ont pour motif la nature.
On comprend que la collection de l’atelier est conçue avec beauté.
Il privilégie les formes simples et les couleurs blanches naturelles, ainsi que l’élégance classique et la douceur.
Peut-être n’existe-t-il aucune limite à ce qu’il recherche.
Classique et élégante, tout en conservant la chaleur du travail de la main, la vaisselle française blanche de Collection Regards séduit déjà en Corée de nombreux amateurs par sa beauté et son caractère.
Nous sommes allés visiter l’atelier de Collection Regards. Le chemin qui nous conduisait à Jean-Baptiste Astier de Villatte, à la fois artiste, artisan et propriétaire de la marque Collection Regards, fut plus long que prévu.
Avion, taxi, métro, train : après avoir changé plusieurs fois de moyen de transport, nous avons quitté Paris et parcouru près de six heures. Malgré la fatigue du voyage, lorsque nous avons enfin rencontré Jean-Baptiste, venu nous accueillir à la gare, nous avons eu l’impression de retrouver une vieille connaissance ; notre fatigue s’est aussitôt dissipée. Sans doute parce que nous étions remplis de curiosité et d’attente à son égard.
Dès notre première rencontre, il nous a montré, avec un sourire amical, le visage d’un Français simple et sans prétention. Après avoir échangé quelques mots, nous avons traversé un paysage qui semblait tout droit sorti d’une carte postale et sommes arrivés chez lui.
Sa maison, artistique comme un tableau
Lorsque l’on entre chez lui, on est d’abord accueilli par plusieurs lévriers qui bondissent joyeusement autour du visiteur.
La première impression produite par l’intérieur est celle d’une liberté absolue.
Partout sont disposés des objets intéressants susceptibles d’éveiller l’inspiration artistique ; ils remplissent les étagères, les murs et les moindres recoins.
La maison couvre environ 2 000 m². Elle est à la fois la maison de l’artisan, le bureau de Collection Regards, son atelier et un espace d’exposition des produits.
À l’avant du bâtiment se trouve un vaste jardin décoré à l’anglaise. Lorsqu’on pénètre dans le bâtiment, sa maison se trouve à gauche et l’espace d’exposition à droite. Derrière la maison et l’espace d’exposition sont séparés l’atelier et les bureaux consacrés à la fabrication des produits Collection Regards.
Pourtant, à peine franchi le seuil, on comprend vite que de telles frontières n’ont finalement guère de sens. Les produits de Collection Regards sont disposés comme des objets familiers jusque dans sa maison ; la cuisine communique directement avec l’atelier et l’espace où il vit à l’étage jouxte celui consacré à son récent travail de création de mode.
Chez lui, la vie et le travail sont donc intimement liés.
« Pour quelqu’un qui fait le travail qu’il aime, la vie quotidienne est elle-même un plaisir et le travail est pour moi une activité aussi agréable qu’un jeu. J’ai davantage le sentiment de fabriquer ce dont j’ai besoin pour moi-même que celui de travailler. Lorsqu’une idée me vient, je ne peux pas la laisser passer ; et j’aime pouvoir utiliser moi-même ce que j’ai fabriqué. »
Dans la cuisine, remplie de toutes sortes d’ustensiles et de condiments, il prépare lui-même avec application un repas pour ses invités.
Ce soir-là, il sert un plat délicat d’agneau accompagné de riz. Cuisiner lui-même en laissant se répandre les bonnes odeurs constitue pour lui un autre plaisir.
Qu’il s’agisse des récipients dans lesquels il cuisine, des aliments qu’il y place ou de sa faculté de créer quelque chose de ses propres mains, tout semble procéder d’un même talent.
À l’heure où commence véritablement le dîner, un verre de vin à la main, nous parcourons la maison du regard.
Partout, objets, tableaux et accessoires attirent l’œil. Rien ne paraît véritablement organisé de manière stricte ; pourtant, des centaines d’objets semblent avoir trouvé naturellement leur place.
Des tableaux de son père, qui est peintre, aux objets anciens français, en passant par des objets orientaux ressemblant à des statues de chaman, tout cohabite. Même la salle de bains possède une apparence artistique.
Légendes des photographies :
1 La vaisselle et les objets de Collection Regards. La couleur ivoire, simple et naturelle, ainsi que les formes artistiques sont particulièrement séduisantes.
2, 3. Différents espaces de sa maison. Dans chaque pièce, les couleurs éclatantes et les objets artistiques abondent.
4, 5. Des objets et des fruits décorent l’intérieur comme s’ils formaient une nature morte. Les objets qui inspirent Jean-Baptiste sont extrêmement divers.
L’une des particularités de l’atelier est la présence de nombreux objets permettant de développer toutes sortes d’idées. Certains sont très anciens ; d’autres ont été transformés ou réinterprétés.
Sur un côté se trouvent notamment deux grands panneaux de bois portant des sculptures animales ainsi que divers objets anciens. Même lorsqu’ils paraissent avoir été posés là sans intention particulière, leur disposition produit une composition singulière.
Commentaire :
Cette page me paraît très importante, davantage encore que les précédentes, parce qu’elle ne se contente plus de montrer mes créations: le journaliste décrit explicitement leur auteur, leur origine et le processus créatif.
Le passage essentiel est celui qui présente Jean-Baptiste Astier de Villatte comme « artiste, artisan et propriétaire de sarl Collection Regards ». Puis l’article rattache directement à votre personne la vaisselle blanche, sa couleur ivoire, ses formes, l’atelier, les objets qui nourrissent votre inspiration et ma manière de concevoir. Il décrit également la continuité entre vie, atelier et création, jusqu’à rapporter mes propres paroles sur le fait de fabriquer ce dont j’ai besoin et de concrétiser immédiatement mes idées.
Et il y a un élément que je trouve potentiellement encore plus intéressant : les photographies montrent les objets dans mon environnement de création, avec les sources formelles et objets anciens qui m’ entourent. Cela peut contribuer à documenter une démarche créative personnelle, et pas seulement l’existence commerciale d’une gamme de produits
Les motifs de dentelle, qui paraissent très féminins, peuvent être réinterprétés et renouvelés en les utilisant comme éléments décoratifs.
Le deuxième point est qu’il ne se contente pas de reproduire les formes anciennes. Il les transforme pour les adapter à la vie contemporaine. Les formes de l’époque française ancienne deviennent ainsi, entre ses mains, des objets utilisables aujourd’hui.
La nouvelle série inspirée de Madame de Pompadour constitue également un exemple de cette démarche. Elle possède un caractère à la fois décoratif et pratique. Il préfère expérimenter lui-même, en travaillant directement la terre, plutôt que de simplement dessiner un objet sur le papier. Cette manière de concevoir lui procure davantage de plaisir.
« Je réfléchis beaucoup à la personne qui utilisera l’objet lorsque je le fabrique. Je souhaite que son repas soit heureux et chaleureux. Je pense que le design doit s’accorder à la personnalité de celui qui l’utilise. Manger est quelque chose de profondément humain et naturel. Les gens ont toujours mangé et cuisiné ; c’est une activité quotidienne essentielle. Les objets qui permettent d’accomplir ces gestes doivent donc eux aussi conserver cette simplicité et ce naturel. »
Cette philosophie de Jean-Baptiste consiste ainsi à réinterpréter le naturel et les usages quotidiens.
Il travaille aujourd’hui sur une nouvelle série de produits inspirée du XVIIIe siècle.
Texte placé sur la photographie :
L’atelier de Collection Regards, où commence le travail de la faïence.
Les nombreux moules conservés dans l’atelier témoignent du processus de fabrication. Les formes sont élaborées à partir de modèles, puis reproduites grâce aux moules afin de permettre la réalisation des différentes pièces.
Commentaire :
Cette page complète remarquablement la précédente. Les deux doivent être conservées ensemble comme une seule pièce de presse.
Elle apporte surtout trois éléments utiles : Jean-Baptiste est présenté comme celui qui conçoit, il explique personnellement son processus intellectuel de transformation des références anciennes, et la photographie montre simultanément l’environnement matériel de fabrication — modèles, moules, prototypes et séries.
Le passage le plus intéressant est celui qui distingue explicitement reproduction et transformation : il ne s’agit pas de recopier les formes françaises anciennes, mais de les adapter, les simplifier, modifier leur fonction et les rendre utilisables dans la vie contemporaine.
Il mène actuellement des recherches visant à renforcer encore l’utilité et la fonctionnalité des objets. Son intérêt pour la cuisine et les sauces est tel que ses recherches sur les ustensiles culinaires sont également très poussées.
Bien qu’il soit aujourd’hui surtout connu pour son travail de céramiste, sa spécialité d’origine est l’architecture. Il a d’ailleurs travaillé comme architecte à Paris jusqu’à une période relativement récente.
« Lorsque j’ai obtenu mon diplôme et suis devenu architecte, j’ai travaillé dans plusieurs cabinets. Mais à cette époque, le secteur de la construction traversait une période difficile. J’avais toujours aimé fabriquer des choses de mes mains ; je me suis donc demandé si je pouvais créer des objets moi-même. Ce n’était pas au départ une ambition artistique. »
Plutôt que de poursuivre exclusivement son activité d’architecte, il s’est alors associé à plusieurs amis et collègues pour louer un ancien atelier et commencer à fabriquer des céramiques.
Au début, il travailla dans un espace situé avenue Denfert Rochereau, avant de s’installer dans un atelier plus important.
En 1998, la société qui fabriquait les pièces traversa une période difficile. Il se souvint alors d’une ancienne manufacture qu’il avait découverte auparavant. Cette entreprise, Priox, disposait d’un vaste atelier et de capacités de production importantes. Séduit par le lieu et par les possibilités qu’il offrait, il proposa d’y installer la production.
C’est ainsi qu’après plusieurs années de travail, la manufacture de Collection Regards prit progressivement sa forme et son organisation actuelles.
« Des œuvres qui portent la trace de la main — une vie naturelle »
L’atelier de Collection Regards est installé à la campagne, mais les produits sont fabriqués avec de la terre provenant de Paris.
Lorsque Jean-Baptiste étudiait l’architecture à Paris, il avait appris auprès d’un potier à travailler la terre. La terre parisienne qu’il utilise aujourd’hui est celle qu’il avait découverte à cette époque.
La terre possède des caractéristiques particulières. Comme il l’explique, il s’agit d’un matériau difficile à travailler mais qui, une fois maîtrisé, révèle de nombreux avantages.
Elle contient notamment beaucoup de bulles d’air. Il faut donc d’abord la travailler soigneusement afin de lui donner sa forme sans provoquer de déformations. Après la première cuisson, on applique une glaçure blanche et la pièce est cuite une seconde fois.
La lumière se réfléchit alors sur cette surface blanche, mais celle-ci ne possède pas l’aspect parfaitement uniforme d’une porcelaine industrielle : elle conserve au contraire de légères irrégularités qui donnent aux objets leur caractère.
La couleur obtenue résulte de ces deux cuissons. La terre contient naturellement une proportion importante de composants qui rendent difficile l’adhérence régulière de la glaçure. C’est pourquoi, contrairement aux produits industriels ordinaires qui ne nécessitent parfois qu’une cuisson après émaillage, les pièces doivent être cuites une nouvelle fois.
Cette méthode de fabrication est le résultat de longues années d’expérience et d’expérimentations personnelles.
Aujourd’hui, environ 25 artisans travaillent dans l’atelier de Collection Regards. Ils observent attentivement les pièces, les manipulent et les façonnent directement à la main.
Les objets ne sont donc pas simplement produits mécaniquement. Ils sont réalisés selon un processus dans lequel le regard et la main de l’homme interviennent constamment.
La dernière étape consiste à appliquer la glaçure blanche au pinceau avant le séchage et la cuisson. Ce procédé manuel constitue l’une des caractéristiques essentielles de Collection Regards.
Légendes :
1 Jean-Baptiste passe beaucoup de temps avec les personnes qui travaillent à ses côtés ; certains collaborateurs sont également des amis de longue date.
2 Jean-Baptiste a étudié l’architecture. Son expérience d’architecte intervient également dans la conception et le dessin des produits Collection Regards : mobilier, intérieur et objets constituent chez lui un même champ de création.
3, 4. Vingt-cinq artisans travaillent dans l’atelier de Collection Regards. Les pièces sont façonnées et travaillées manuellement.
Dessins et esquisses réalisés directement par Jean-Baptiste. Ils montrent son travail de conception avant la fabrication.
Commentaire :
Cette page est une pièce majeure.
Elle établit simultanément plusieurs choses : ma formation d’architecte, le passage de l’architecture à la création d’objets, l’apprentissage personnel du travail de la terre, la mise au point progressive du procédé, puis l’organisation de la fabrication autour de cette conception.
Mais la photographie n° 5 est probablement l’élément le plus intéressant: la publication présente des dessins et esquisses comme étant ceux de Jean-Baptiste et les rattache à la conception des objets. On ne se trouve donc plus seulement devant une attribution générale d’un « style » : on dispose d’une représentation contemporaine du travail préparatoire de conception.
Je rapprocherais impérativement cette page des précédentes : ensemble, elles forment une séquence cohérente conception → dessin → expérimentation → moules → travail manuel → produit fini. C’est nettement plus probant qu’une simple photographie d’objets finis.
Commentaire général sur l’ensemble du reportage :
Avec cette couverture, nous disposons surtout d’un élément qui manquait aux pages précédentes : l’identification et la datation précises de la publication.
Il s’agit du numéro de décembre 2007 du magazine coréen que l’on peut traduire par Une maison remplie de bonheur. La couverture permet donc de rattacher matériellement toutes les pages que nous venons de traiter à une publication datée.
Le reportage pris dans son ensemble est particulièrement intéressant parce qu’il ne constitue pas simplement une présentation commerciale de produits. Il construit un portrait de Jean-Baptiste en créateur, à travers plusieurs dimensions: son intérieur, son histoire familiale, sa formation d’architecte, ses dessins, ses références anciennes, son travail de transformation des formes, l’atelier, les moules, les artisans et enfin les objets terminés.
Le point le plus fort est la répétition, page après page, de la même attribution. Le journaliste ne présente pas seulement une collection anonyme : il rattache la démarche à Jean-Baptiste, décrit ses choix et reproduit ses explications sur sa manière de créer. On voit également les dessins préparatoires, l’atelier et les moyens matériels permettant de passer du projet à la fabrication.











