FIGAROSCOPE — Semaine du 20 au 26 janvier 1993
CONTEMPORAIN — « CES OBSCURS OBJETS DU DÉSIR »
Légende :
Une étonnante série de plats et coupelles en terre cuite éditée par la galerie « Artistes et Modèles ». Inspiration XVIIe « recyclée » par Astier de Villatte qui lance aussi des objets de « récup ». (1, rue Christine, 75006 Paris.)
Texte de l’article :
Tous les futurs objets du désir (cadeaux, bijoux, décoration…) se sont dévoilés dernièrement porte de Versailles et à Villepinte lors de salons professionnels. Une occasion de décrypter les tendances, de découvrir les nouveaux talents et juger les créateurs confirmés. Premier constat : ce coup d’œil sur l’objet contemporain montre en tout cas que la création vit dans une période de vague à l’âme où tout se reconstruit et se mélange. Un signe des temps ?
Ouvrons le feu avec le « New Moving » (cadeaux, décoration). Le salon a mis en avant des formes arrondies et traitées dans des matières brutes. Les modèles sont traités dans des matériaux diversifiés et les influences se mêlent allègrement. Conclusion : que plus que jamais, les créateurs se font l’écho de nos interrogations.
Autre salon phare : le Bijorhca (arts de la table-orfèvrerie-joaillerie-bijouterie fantaisie et accessoires de mode), se fait la vitrine d’un courant qui privilégie le coup de cœur. Un nouvel espace intitulé « Les Maisons de » et créé par la sensibilité de quatre stylistes illustre ce retour de l’objet « très personnel » dans l’environnement quotidien.
Quant au salon international des textiles de la maison « Tex’Styles », il symbolise également cette idée d’un grand mixage de civilisations, de cultures et de recherche de racines. Une impression de flou balançant entre déjà vu et émergence proche était même très nettement perceptible dans l’Espace Via au Salon du Meuble. Décidément, les tendances 1993-1994 s’annoncent très cosmopolites et classiques. Donc complexes.
C. L.
Commentére: cette brève est discrète mais révélatrice.
Le journaliste ne parle pas encore d’une « marque » au sens installé du terme, mais d’un phénomène émergent, presque marginal, repéré au milieu des salons professionnels. C’est précisément ce qui lui donne aujourd’hui sa valeur historique. On y voit apparaître, dès janvier 1993, plusieurs éléments qui deviendront ensuite constitutifs de l’identité esthétique associée à Jean-Baptiste Astier de Villatte :
- la référence au XVIIe siècle,
- la terre cuite volontairement imparfaite,
- le mélange d’objets anciens, récupérés ou réinventés
- une esthétique de la mémoire et de l’objet transformé,
- le refus du design industriel lisse alors dominant.
Le vocabulaire employé est également intéressant :
« inspiration XVIIe recyclée », « objets de récup », « matières brutes », « formes arrondies », « objet très personnel ».
Autrement dit, la presse identifie déjà une écriture esthétique cohérente avant même la consolidation commerciale ultérieure.
Le plus important est sans doute le lien explicite entre :
- un patronyme : Astier de Villatte,
- un lieu : Artistes et Modèles, rue Christine à Paris,
- des objets reconnaissables ou identifiables,
- et une réception critique publiée dans un grand quotidien national.
En qualité d’auteur ou d’antériorité, cet article vaut davantage qu’une simple publicité : il montre qu’un regard extérieur identifie déjà une singularité créative autonome à cette date.
