COUVERTURE :
BRUTUS
居住空間学 ’97
« Étude de l’espace habité ’97 »
ou, plus naturellement : « L’habitat et l’espace intérieur ’97 »
Grand titre :
« L’intérieur est entré dans l’ère de l’intelligence. »
Texte vertical à gauche :
« Choisir des antiquités, examiner avec soin les objets rapportés de voyage, décorer avec des coquillages, des animaux et des plantes. Qu’est-ce donc que ce nouvel art de l’intérieur, “insolite”, dont tout Paris parle ? »
En bas :
1er mai 1997
Prix : 460 yens
PAGE 73 — Christian Astuguevieille
Titre
« Par le choc de la matière et de la forme, Christian Astuguevieille raconte un monde imaginaire. »
Notice biographique
Christian Astuguevieille
« Créateur de meubles, d’objets et d’accessoires, directeur artistique et également enseignant, il dit avoir été profondément influencé par les matériaux qu’il a découverts et par les rencontres qu’il a faites au cours de ses voyages dans des pays étrangers. »
Légende de la photographie supérieure
« Totems contemporains. Les œuvres d’Astuguevieille semblent abriter les récits d’un monde mystérieux. La chaise et la console disposées dans un coin de son atelier ont l’allure des membres d’une même tribu. »
Texte principal
La photographie étant un peu moins nette sur cette page, deux ou trois mots du japonais ne peuvent être garantis littéralement ; en revanche, le sens général du texte est parfaitement identifiable :
« Recouvrir entièrement un objet permet paradoxalement de faire ressortir le meuble qui se trouve dessous. Christo a enveloppé de tissu des bâtiments et des ponts ; Joseph Beuys a enveloppé de feutre un piano à queue. En faisant disparaître la texture et les détails propres à l’objet, ils ont fait apparaître des contours souples et des volumes libérés de leur échelle habituelle, révélant avec une force presque crue la nature même de l’objet.
Les meubles que Christian Astuguevieille recouvre de corde rappellent au premier regard les travaux antérieurs de Christo et de Beuys. Mais, chez Astuguevieille, le fait de recouvrir l’objet ne signifie pas simplement le dissimuler. La matière et sa texture deviennent elles-mêmes une nouvelle expression ; le volume acquiert une présence différente.
Astuguevieille est un créateur qui, en se laissant inspirer par la matière, a ouvert de nouvelles voies à la forme. Des matériaux extrêmement ordinaires deviennent entre ses mains les éléments d’un univers singulier. Leur caractère quotidien est détourné et une nouvelle puissance d’imagination apparaît. C’est ainsi qu’il construit un monde qui semble à la fois primitif, mystérieux et entièrement imaginaire. »
Légende de la grande commode
« Commode de style rococo dont la surface est entièrement recouverte, comme d’une mousse, par les extrémités grossièrement coupées de cordes. »
En bas de page :
« Dossier spécial — insolite »
Page 73.
PAGE 74 — Astier de Villatte
Cette page est beaucoup plus nette et le texte est particulièrement intéressant.
Grand titre
« Exprimer la sensibilité d’une époque avec des matériaux d’une sobre pureté.
Astier de Villatte. »
On pourrait également traduire le sens de 清楚な素材 par : « des matériaux simples et purs ».
Légende de la grande photographie
« Un style représentatif d’Astier de Villatte. Des récipients en terre cuite auxquels on donne le sentiment du temps passé, notamment en travaillant la surface de la terre et en n’appliquant qu’une très légère glaçure. La forme première est obtenue à l’aide d’un moule, puis les détails sont achevés à la main. »
C’est une légende importante : le magazine décrit donc explicitement un travail au moule suivi d’une finition manuelle, avec recherche volontaire d’une apparence ancienne.
Notice « Astier de Villatte »
Astier de Villatte
« Pour Villatte, qui a étudié l’architecture, le point de départ de son travail de designer est la Villa Médicis à Rome, où il a passé son enfance. Les matériaux, les formes et l’atmosphère marqués par le passage du temps constituent la base même de sa création. »
Texte principal
« Le Viaduc, situé le long de la promenade qui relie la Bastille au bois de Vincennes, est un quartier réaménagé où se succèdent les ateliers et les galeries d’artisans des métiers traditionnels et de décorateurs d’intérieur. Il occupe l’emplacement d’un ancien quartier d’artisans du XVIIIe siècle ; c’est peut-être pour cette raison que, bien que de nombreux créateurs y travaillent côte à côte, l’ensemble trouve place dans une étrange harmonie.
Sous les grandes arches de pierre, où l’on croirait que le temps du XVIIIe siècle continue encore de s’écouler, Astier de Villatte se consacre à la création. À une époque où l’intérêt du public se porte vers une sensibilité à la fois classique et naturelle, son travail connaît un très grand succès.
Sa manière de combiner librement des formes provenant de plusieurs époques du passé, puis de les exprimer au moyen de matériaux anciens, d’occasion, ou de matériaux auxquels on donne volontairement l’apparence de l’âge, manifeste une sensibilité parfaitement contemporaine. Et pourtant, il ne s’agit nullement d’une imitation du passé.
Ce qu’il poursuit est un passé qui n’existe nulle part.
C’est l’esthétique irremplaçable d’une beauté qui s’altère et disparaît, une beauté que seul le temps est capable de créer.
Les terres cuites auxquelles sont ajoutées de subtiles nuances de couleur et des craquelures, tout comme les meubles fabriqués à partir de matériaux de récupération, sont eux aussi des créations imaginaires venues du passé idéal de Villatte. »
Légende de la photographie inférieure
« À gauche, une étagère où sont disposés des récipients inspirés du style de la famille Médicis à la Renaissance. Les meubles qui semblent mêler le style provençal et le style gustavien comptent également parmi ses œuvres représentatives. »
Page 74.
Commentaire :
Cette publication est, à mon sens, une pièce particulièrement intéressante dans votre chronologie.
Elle est tout d’abord incontestablement datée : BRUTUS n°385, 1er mai 1997. Le sujet n’est pas une publicité ou un simple référencement commercial, mais un véritable article rédactionnel consacré à la création et au design.
Surtout, le texte de la page 74 ne présente pas « Astier de Villatte » comme une simple enseigne. Il individualise manifestement un créateur : « Villatte a étudié l’architecture », « il a passé son enfance à la Villa Médicis », « son travail », « ce qu’il poursuit », « son passé idéal ». Toute la rédaction est au singulier.
Le journal attribue également à ce créateur, dès mai 1997, un vocabulaire esthétique remarquablement précis : terre cuite, moulage puis finition manuelle, patine et effets du temps, craquelures, matériaux de récupération, association libre de formes historiques, références Médicis, Provence et style gustavien. Et, surtout, il insiste sur le fait que cette démarche « n’est pas une imitation du passé », mais la création d’un « passé qui n’existe nulle part ».
C’est probablement la phrase la plus forte du document : elle décrit non seulement un style, mais une démarche créatrice originale, consistant à inventer un passé imaginaire à partir de formes historiques et de matières artificiellement vieillies.


