ELLE DÉCORATION
N° 56 — Décembre 1995 / Janvier 1996
Couverture :
ELLE
DÉCORATION
Pour bien vivre l’été dehors
TROIS FAÇONS DE
VIVRE LA MAISON AU SOLEIL
SERRES ET VÉRANDAS :
UNE PIÈCE EN PLUS
MAISONS DE VACANCES :
VIVE LES MEUBLES CAMPAGNE !
UN RÊVE DE ROBINSON
AU BORD DE L’OCÉAN
LAISSEZ-VOUS SÉDUIRE
PAR LES TENTES DE JARDIN !
PENSEZ AUX COUPES
POUR VOS DÎNERS !
ET PLUS DE 40 PAGES
DE SHOPPING ET D’IDÉES POUR LA MAISON
TENDANCE
LE RETOUR DU STYLE XVIIIe PROVENÇAL
LA VOGUE DES MEUBLES PEINTS
PAR CATHERINE SCOTTO
Le mobilier provençal peint du XVIIIe siècle est à la mode.
On raffole de sa simplicité à la fois élégante et rustique. Mais attention, il se fait rare sur le marché. Et mieux vaut une belle réédition (on en fait aujourd’hui de très réussie) qu’une mauvaise copie d’ancien.
Légendes :
1. Console Louis XV en merisier massif (Joseph Grange).
2. Coiffeuse provençale en chêne (Henry de Tonge).
3. Bibliothèque en pin inspirée par des volets intérieurs du XVIIIe siècle (Halard et Villatte).
4. Détail d’une commode en hêtre inspirée d’un original ancien (galerie Racine).
5. Banquette d’époque (galerie Racine).
Le style XVIIIe provençal est bien dans la tendance des années 90. Il plaît pour son charme suranné, ses lignes rondes, élégantes, et sa jolie palette de tons poudrés qui évoquent les meubles de famille et les maisons de province.
Au XVIIIe siècle, les meubles, plus ou moins sculptés, étaient peints à la main, couleur vanille, vert sauge, gris, bleu ou « sang de bœuf » (un rouge pigmenté au vrai sang de bœuf). Pionniers à Paris, Annick Clavier (en 1985) et Anne Gayet (en 1986) ont commencé à chiner, en Provence, ces meubles pleins de charme. Puis, quelques années plus tard, « Vivement Jeudi » et « Ilse B. » s’y intéresseront aussi. La mode lancée, le style XVIIIe provençal fait courir les collectionneurs et monter les prix.
Résultat, c’est vite la pénurie et les meubles mis en vente chez certains antiquaires sont bien souvent des copies ou des meubles anciens repeints en « gris tendance » (et là, le meilleur côtoie le pire…).
Si vous êtes prêts à investir entre 30 000 et 40 000 F, comme moyenne d’une commode d’époque, n’hésitez pas à ouvrir les tiroirs pour vérifier assemblages et parties cachées (au XVIIIe, l’ébéniste assemble en tenons et mortaises et ne soigne pas les finitions de ce qui est caché à la vue, comme le dos d’un meuble). Pour un petit budget, autant acheter une réédition de qualité.
Fines mouches, en 1987, Jean-Louis Daraux (ex-fondateur de « Un Jardin… en Plus » et fondateur de « Mis en Demeure »), Henry de Tonge, Joseph Grange et Elisabeth Busson en 1990 (galerie Racine) ont senti le vent venir et se lancent dans la réédition.
Ainsi, Joseph Grange propose un service « couleur à la carte » qui permet de choisir sa patine et ce sur tous les meubles de la collection. La ligne « Provence » de De Tonge, en chêne peint à l’ancienne, est présentée au Salon du meuble, en 1991. Succès immédiat : cette collection représente aujourd’hui 80 % du chiffre d’affaires de la société, lui-même en progression de 23 % pour le premier trimestre 1995. Les prix sont accessibles : 12 600 F la vitrine ou 16 280 F la coiffeuse.
Et séduisent aussi bien le marché français que l’étranger : Henry de Tonge a de quoi être heureux.
« Le mobilier XVIIIe provençal est devenu une rareté, commente Ilse B. J’oriente maintenant mes recherches vers la Scandinavie pour ses meubles gustaviens et l’Allemagne où je découvre de fabuleux meubles baroques, généreusement galbés, qui renouvellent complètement la tendance XVIIIe. »
C. S.
LES ANTIQUAIRES :
— Anne Gayet, 3, rue de Luynes, Paris-7e. Tél. : 45 44 79 85.
— Ilse B., 56, rue de l’Université, Paris-7e. Tél. : 45 48 98 96.
— Vivement Jeudi, 52, rue Mouffetard, Paris-5e. Tél. : 43 31 44 52.
— Michel Biehn, 7, avenue des Quatre Otages, 84800 L’Isle-sur-la-Sorgue. Tél. : (16) 90 20 89 04.
LES RÉÉDITEURS :
— Henry de Tonge, 152, avenue de Malakoff, Paris-16e. Tél. : 45 02 14 02 ; route de Valmasque, 06560 Valbonne. Tél. : (16) 93 95 80 00.
— Mils en demeure, 27, rue du Cherche-Midi, Paris-6e. Tél. : 45 48 83 35 ; Le Gray d’Albion, 17, la Croisette, 06400 Cannes. Tél. : (16) 92 99 22 80.
— Galerie Racine, 20, place de la Madeleine, Paris-1er. Tél. : 42 65 24 06.
— Halard et Villatte, 107, avenue Daumesnil, Paris-12e. Tél. : 42 61 06 43.
— Joseph Grange, points de vente au (16) 78 44 52 72.
PAGE SHOPPING — NATURE ET OBJETS
1. Très nature, console demi-lune en branches de bois, créée par l’atelier Ortega, 86 × 42 cm, 2 500 F, Liliane François (sur commande).
2. Terre brute pour ce plat ovale, 22 × 33 cm, 450 F, Halard et Villatte.
3. À bord festonné, plat en faïence crème, 46 cm de diam., 495 F, Olaria.
4. Surmontée de huit chandelles, coupe-chandelier en fer signée Bernard Forestier, 55 cm de diamètre × 37 cm de haut, 750 F, Kaola et Itinéraire Forestier.
5. Toiture pentue, cage en branchages, 48 × 34 × 56 cm de haut, 280 F ; et corbeilles ovales à anses, 60 × 40 × 20 cm de haut, 100 F et 54 × 36 × 20 cm de haut, 80 F, Le Monde Sauvage.
6. Couronne de brize, graminée légère, 30 cm de diamètre, 220 F, Rosemarie Schulz & De Mongolfier.
8. Sablier en terre brune vernissée, 75 F, CFOC.
9. Botte de bougies fines, 95 F, The Conran Shop.
10-11. Aspect de bois flotté, ensemble « Martin-pêcheur » collection meuble à tiroir : la table ronde, 100 cm de diamètre × 76 cm de haut, 1 650 F ; et tabouret, 34 × 40 × 45 cm de haut, 685 F, Mis en Demeure.
SHOPPING MEUBLES PATINÉS
Du Neuf qui a le Chic de l’Usé
PAR MISHA DE POTESTAD. PHOTOS PATRICE PASCAL
Tous ces petits meubles et objets
de décoration, qu’on croirait patinés par les ans
et les intempéries, ont un parfum
de vacances anciennes. On les dirait descendus d’un grenier
ou sortis d’une remise. Contemporains,
ils semblent pourtant avoir un passé et de vieilles histoires
à nous raconter. C’est ce qui leur confère ce charme
nostalgique que nous aimons tant.
Commentaire :
Ce numéro d’ELLE Décoration n° 56, décembre 1995 / janvier 1996, est particulièrement intéressant parce qu’il ne constitue pas une simple apparition commerciale de Halard et Villatte : la rédaction inscrit directement l’entreprise dans une tendance décorative identifiée et contemporaine.
La première mention est particulièrement significative. Dans l’article consacré à « La vogue des meubles peints », la bibliothèque photographiée est décrite comme une « bibliothèque en pin inspirée par des volets intérieurs du XVIIIe siècle (Halard et Villatte) ». Halard et Villatte figure ensuite dans la liste des « rééditeurs », avec son adresse du 107 avenue Daumesnil, Paris XIIe. L’entreprise est donc reconnue par la rédaction comme un acteur identifié de cette nouvelle production de mobilier.
La seconde apparition est différente et complémentaire : dans une sélection d’objets très fortement mise en scène, ELLE Décoration attribue explicitement à Halard et Villatte un « plat ovale » en « terre brute », vendu 450 F. La publication associe donc déjà le nom Halard et Villatte à la fois au mobilier et à la céramique.
Enfin, l’ensemble du numéro est révélateur de l’esthétique dans laquelle ces créations sont alors reçues : patines, meubles semblant anciens, matières brutes, références au XVIIIe siècle, objets volontairement imparfaits ou vieillissants. Le titre même de l’autre sujet, « Du Neuf qui a le Chic de l’Usé », formule très clairement cette sensibilité.
Intérêt documentaire :
En qualité d’antériorité, cette publication constitue donc une pièce intéressante : à la charnière 1995-1996, Halard et Villatte apparaît dans une revue nationale de décoration sous son propre nom, avec son adresse, pour des créations précisément identifiées et photographiées, dont une pièce en terre. Elle contribue à documenter matériellement l’existence et la visibilité publique de cette activité avant la création ultérieure de la SARL Astier de Villatte.



