LE GRAND ET LE BEAU
En Indre-et-Loire, l’artiste Jean-Baptiste Astier de Villatte fait de belles céramiques qui sont en vente jusqu’au Japon et aux États-Unis. Elles sont inspirées de la vaisselle française du XVIIIe siècle, mais avec un accent contemporain.
Ses théières col-de-cygne, ses chandeliers aux têtes d’oiseaux ou d’anges, ses assiettes aux bords flamboyants sont tous extrêmement romantiques, mais ce serait une erreur de classer les services de table de Jean-Baptiste Astier de Villatte dans la catégorie du classique pur.
L’artiste ne travaille pas avec la céramique ou la porcelaine lisses, mais avec la terre noire de Paris, une argile noire plutôt destinée à la sculpture. L’émail blanc laiteux, appliqué de façon irrégulière et même complètement absent par endroits, laisse transparaître l’argile sombre de la faïence cuite. Il s’agit d’un effet rustique et surprenant qui caractérise des services qui sont aussi beaux disposés dans un buffet de cuisine antique que sur une table design dans un appartement moderne.
Pourtant, il ne s’agit pas là de la seule surprise.
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Le salon avec en bonne place les chaises conçues par Jean-Baptiste, ainsi que la lampe et son abat-jour. Au fond à droite, la porte en acier donne accès à la cuisine et aux ateliers.
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Un beau buffet ventru de ses propres collections accompagne un buste original de sa conception. Les portraits du XIXe siècle ne sont que des ancêtres par adoption ; une belle trouvaille remarquable de Jean-Baptiste.
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Le beau miroir de forme classique a été altéré par le temps et il a perdu son cadre d’époque.
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Le buste de femme est une création conçue par le maître de maison.
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Ce vaisselier est un bon exemple de base classique revisitée. La table noire à rallonges, qui peut accueillir 14 convives, a été conçue en s’inspirant d’une ancienne table de vendangeurs, entourée de chaises copiées d’un modèle portugais du XVIe siècle.
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Les lampes, les abat-jour ainsi que de nombreux meubles dans la maison ont été fabriqués par Jean-Baptiste Astier de Villatte.
Citation :
« J’aime les livres anciens, les antiquaires, les musées, l’Italie, les pays du Nord de l’Europe. J’aime m’approprier les choses qui ont vécu, inventées par d’autres hommes », explique le propriétaire.
Le parcours de Jean-Baptiste
Il y a neuf ans, Jean-Baptiste a déménagé son atelier de Paris à Chinon, non loin des célèbres châteaux de la Loire qui ont attiré des légions de menuisiers, ébénistes et potiers quelques siècles plus tôt.
Jean-Baptiste est un esprit créatif universel, architecte de formation, dans son cœur il est avant tout artiste – comme son père, qui est peintre. Meubles en bois, vêtements et rideaux, même si Jean-Baptiste conçoit de tout, la céramique reste sa plus grande passion.
Cet amour est né il y a une dizaine d’années lorsqu’un service Régence a attiré son regard chez un antiquaire : sublime mais absolument hors de prix. Une seule solution : se mettre à l’œuvre ! Il a pioché une assiette dix-huitième de la collection familiale et en a fait un moule, dont il s’est ensuite servi pour façonner un morceau d’argile. Ce fut le début d’une collection toujours croissante de vaisselle.
« Je suis né à Paris. J’ai suivi mes parents à Rome, à la Villa Médicis, tout petit. Ensuite nous avons grandi d’abord en Haute-Normandie puis à Pontoise assez longtemps, enfin à Paris que j’ai beaucoup aimé pendant mes études d’architecte. J’y ai vécu 25 ans.
Ensuite j’ai travaillé chez Astier de Villatte, d’où j’ai été licencié quelques années après, alors que j’avais apporté mon savoir-faire et mon nom, notamment par mes frères et sœurs. Aucun n’avaient ce talent ; tous se le sont approprié. Ça fait 20 ans. »
Après cela j’ai rencontré un garçon, et nous avons cherché une nouvelle destination. C’est grâce à notre ami sénateur-maire Yves Dauge que nous avons trouvé notre place à Chinon, dans cette ancienne usine d’appareils photo Priox, nous raconte Jean-Baptiste.
L’ancienne usine de matériaux photographiques à Chinon où il s’est installé est l’endroit idéal pour son travail : baigné par la lumière du jour, suffisamment spacieux pour lui permettre d’y installer une salle d’exposition à côté d’un atelier pour ses 25 employés, et même de s’offrir un espace de vie.
« Je n’ai jamais eu vraiment les moyens de décorer à partir d’objets anciens luxueux. Alors j’ai cherché un endroit vaste, qui pourrait prendre l’apparence du luxe dans son espace. J’ai associé ensuite des meubles usuels élaborés par moi et des objets chinés dans les nombreuses foires de la région. J’ai transformé l’usine en palais », explique-t-il.
L’architecture années soixante plutôt sévère du bâtiment contraste avec l’ambiance brocante créée par les nombreux objets présents : des commodes en bois de chêne (l’extérieur d’aspect naturel, l’intérieur aux couleurs vives), des tables…
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La chambre revêt une ambiance feutrée et raffinée, avec les beaux kilims anciens et les poutres apparentes d’origine.
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La bibliothèque porte la signature sans équivoque de Jean-Baptiste Astier de Villatte, avec un mélange de styles classiques et les fenêtres octogonales distinctives que l’on retrouve dans son travail.
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La cuisine a été conçue dans un esprit industriel mais authentique, avec ses meubles en bois foncé.
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Un beau lustre ancien à pampilles surplombe la table de la cuisine.
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La porte en acier donne accès à la cuisine et aux ateliers.
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Cette fresque est une œuvre du père de Jean-Baptiste, le peintre et académicien Pierre Carron. Il a une profonde attirance pour la représentation des jardins, ce qui le rapproche de certaines peintures pompéiennes, nous explique-t-il.
Commentaire :
L’article ne présente pas Jean-Baptiste comme un simple membre ou collaborateur d’une entreprise : il individualise constamment sa personnalité créatrice.
Le vocabulaire est répétitif et précis : meubles « conçus par Jean-Baptiste », buste « original de sa conception », buste de femme « création conçue par le maître de maison », meubles « fabriqués par Jean-Baptiste Astier de Villatte », bibliothèque portant « la signature sans équivoque de Jean-Baptiste Astier de Villatte ».
Plus important encore, le texte rapporte directement l’origine de la démarche céramique : observation d’un service Régence, utilisation d’une assiette ancienne, fabrication d’un moule, façonnage de l’argile, puis développement d’une collection.
Enfin, l’article reproduit une déclaration beaucoup plus sensible : Jean-Baptiste affirme avoir apporté à Astier de Villatte « mon savoir-faire et mon nom » et soutient que ses frères et sœur se les sont appropriés. Quelle que soit l’appréciation qui pourra en être faite, l’intérêt documentaire est évident : cette affirmation est publiée noir sur blanc dans une revue de 2016.
La suite est encore plus importante : elle décrit l’atelier, les moules, l’estampage, les emprunts de formes anciennes, leur assemblage, l’émaillage et la conception des nouveaux modèles. C’est celle que je transcris ensuite.
Oui. La suite décisive de l’article est bien celle-ci :
« Sur ces photos, le procédé de fabrication dans l’atelier des pièces sont exécutées par estampage à partir de moules soigneusement conçus par Jean-Baptiste en empruntant des formes anciennes qui sont ensuite assemblées entre elles, cuites et émaillées en blanc afin d’obtenir un objet qui semble provenir d’une période ancienne, mais qui garde l’originalité d’une création contemporaine. »
Les photographies accompagnant ce texte montrent précisément le travail d’atelier : manipulation des pièces, émaillage blanc et travail manuel sur les formes.
L’article ne se contente pas d’associer son nom à une production de céramiques. Il décrit expressément le processus créatif qui conduit à la réalisation des objets : les pièces sont obtenues par estampage à partir de « moules soigneusement conçus par Jean-Baptiste » ; des formes anciennes sont empruntées, puis assemblées entre elles, cuites et émaillées en blanc pour aboutir à un objet nouveau, qualifié par l’article de « création contemporaine ».
Cette formulation est intéressante au regard de l’auteur parce qu’elle permet de distinguer deux choses : d’une part, les éléments anciens qui constituent une source d’inspiration et ne sauraient être revendiqués en eux-mêmes ; d’autre part, l’intervention personnelle de Jean-Baptiste dans le choix des formes, la conception des moules, leurs combinaisons et assemblages, ainsi que dans le résultat esthétique recherché.
Cette lecture est confortée par le reste du reportage. L’article attribue personnellement à Jean-Baptiste la conception de meubles, de lampes, d’un buste et de différents éléments de l’aménagement ; il parle même d’une bibliothèque portant « la signature sans équivoque de Jean-Baptiste Astier de Villatte ».
S’agissant spécifiquement de la céramique, le reportage décrit également l’origine de la démarche : Jean-Baptiste explique avoir observé chez un antiquaire un service Régence inaccessible financièrement, puis avoir pris une assiette ancienne de la collection familiale, en avoir réalisé un moule et s’en être servi pour façonner l’argile, ce qui aurait constitué le point de départ de sa collection de vaisselle.
































