Transcription intégrale de la page :
TALENT DU MOIS
Jean-Baptiste Astier de Villatte, un entreprenant créateur
Pièce unique réalisée et signée par Jean-Baptiste Astier de Villatte
Tours Madame vous invite à la découverte des talents méconnus de notre région. Ce mois-ci, Cap sur Chinon à la rencontre de Jean-Baptiste Astier de Villatte, créatif et créateur de « Collection Regards ».
Tout commence de façon un peu étrange. À l’adresse indiquée, je découvre un bâtiment à caractère industriel sur le fronton duquel est inscrit le mot PRIOX. Me suis-je trompée ? Soudain, une porte s’ouvre, et je suis accueillie par Jean-Baptiste Astier de Villatte. Difficile de soupçonner que derrière ces murs gris se cachait une manufacture artisanale de céramiques.
Histoire de rencontres
C’est une belle histoire de rencontres qui a mené Jean-Baptiste Astier de Villatte à devenir créateur d’objets en céramiques et de meubles, vendus dans le monde entier, des États-Unis au Japon en passant par les Pays Scandinaves ou l’Italie.
C’est aussi une rencontre avec la terre, avec un lieu, avec des hommes et des femmes de savoir-faire, et peut-être avec « l’air du temps ».
Architecte, formé aux Beaux-Arts de Paris, c’est sûrement de sa filiation artistique — un papa peintre de renom — qu’il a hérité ce goût pour l’objet quotidien traité comme une œuvre d’art, et cette passion pour la création artisanale.
Parallèlement à son activité parisienne de restauration d’appartement, c’est par curiosité, presque par jeu, qu’il découvre le travail de la terre et de la céramique. Avec quelques créations originales, il participe au salon Maison et Objets… et repart avec un carnet de commandes rempli ! Il fallait vite se mettre à produire. Mais pas n’importe comment, et pas n’importe où. Son credo, aujourd’hui encore, c’est de travailler des pièces uniques, de série et de les réaliser, en France, de façon totalement artisanale.
L’usine Priox
C’est la rencontre avec un lieu d’exception, dans une ville accueillante, qui va déterminer son installation à Chinon. L’usine PRIOX est une pièce du patrimoine industriel de notre région. Bâti dans les années 60 par Marcel Prioux, ingénieur en photographie et maire de Chinon de 1983 à 1989, cet ensemble architectural surprend : il a tout d’une usine et pourtant le jardin planté de buis, les portes vitrées rapportées d’un immeuble bourgeois parisien, et la distribution des espaces lui donnent un cachet tout particulier, et concourent à l’atmosphère qui se dégage du lieu. Filiation toujours car on y respire encore la passion d’entreprendre d’hommes de convictions.
Entre tradition et modernité
Les créations de Jean-Baptiste Astier de Villatte mêlent les références classiques à un propos définitivement contemporain. La terre noire est travaillée selon le principe de l’estampage : préparée en feuilles, elle est ensuite pressée dans des moules de plâtre réalisés à partir des modèles conçus par l’artiste. Les différentes parties sont ensuite assemblées, cuites dans un four électrique, le seul « appareil » utilisé pour la fabrication. Puis, chaque pièce est émaillée de blanc, le plus souvent en deux couches. C’est ainsi qu’est obtenu le rendu si particulier des objets « Collection Regard », où le travail des reliefs et les effets de matières sont si bien soulignés par le blanc de l’émail contrasté de terre noire.
Ce sont aujourd’hui plus de 700 références de moules qui attendent sagement sur des rayonnages, prêts à se remplir à nouveau de terre pour répondre aux commandes affluant des boutiques de décoration du monde entier.
Pour les meubles, même soucis d’authenticité, avec la recherche de formes et d’usages, la mise en valeur des essences de chêne ou de pin et la fabrication réalisée par des ébénistes de tradition.
Retrouvez les savoir-faire d’antan
L’aventure « Collection Regards » c’est également une histoire de rencontres humaines. Toutes celles et ceux qui ont cru, soutenu et accompagné le projet ainsi que la vingtaine de salariés, qui été formés en interne au métier de céramiste estampeur. À les voir travailler, on mesure le savoir-faire qu’ils ont acquis, une reproduction de gestes qui nous semblent aujourd’hui ancestraux.
Très connue dans le monde des objets décoratifs, « Collection Regard » intervient également dans le domaine de l’aménagement d’espaces et de la décoration intérieure, notamment de lieux à caractère historique. La collection de carrelage — là encore entièrement réalisés à la main — permet notamment des rénovations de châteaux ou demeures bourgeoises dans un esprit à la fois traditionnel et avant-gardiste. De même, les bustes, œuvres uniques et surprenantes, s’intègrent parfaitement aux décors classiques ou contemporains.
Les projets de Jean-Baptiste Astier de Villatte sont de poursuivre dans la voie des créations originales, dans l’esprit de liberté et d’indépendance qui semble l’animer depuis toujours, avec, sous-jacente, la tentation d’une vitrine parisienne. Étrangement peu connu en Touraine, « Collection Regard » est ouvert à la visite sur simple rendez-vous. Ce peut être, à l’occasion d’une ballade en chinonnais, une escale qui intéressera les grands autant que les petits.
Après deux heures de visite, je ne savais plus très bien si j’étais dans une usine, dans l’atelier d’artisans céramistes de l’époque Renaissance, dans une PME en plein développement, ou dans un atelier d’artiste. Un peu de tout cela en réalité, et assurément une belle rencontre.
Sophie Laurenceau
COLLECTION REGARDS
2 rue de l’Olive – 37500 Chinon – Tél. : 02 47 93 00 11 – www.collection-regards.com
Cette rubrique est réalisée avec le concours de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat d’Indre-et-Loire.
Critique :
Cette page est particulièrement intéressante parce qu’elle ne constitue pas seulement un article promotionnel sur une entreprise : elle attribue très explicitement la création à Jean-Baptiste Astier de Villatte.
Plusieurs passages sont particulièrement significatifs.
D’abord, le titre ne présente pas une société comme créatrice : « Jean-Baptiste Astier de Villatte, un entreprenant créateur ». L’introduction poursuit avec « créatif et créateur de “Collection Regards” ». La photographie placée en haut à gauche est accompagnée de la mention « Pièce unique réalisée et signée par Jean-Baptiste Astier de Villatte ».
Plus important encore, l’article décrit matériellement le processus de création : les modèles sont expressément présentés comme « conçus par l’artiste », puis transformés en moules de plâtre et estampés. Cette formulation distingue assez clairement la conception de l’œuvre, attribuée à Jean-Baptiste Astier de Villatte, de sa fabrication artisanale et de sa reproduction en atelier.
Le passage consacré à l’esthétique est également remarquable :
« Les créations de Jean-Baptiste Astier de Villatte mêlent les références classiques à un propos définitivement contemporain. »
Puis le journaliste décrit la combinaison de terre noire, estampage, relief, effets de matière et émail blanc comme produisant le « rendu si particulier » des objets.
Pour un dossier consacré à l’antériorité et à la qualité d’auteur, c’est probablement le passage le plus intéressant : il ne se contente pas de dire que Jean-Baptiste dirige une entreprise ; il rattache les choix formels et le procédé esthétique aux créations de Jean-Baptiste.
Une pièce également intéressante pour la chronologie
La couverture permet de dater la publication de mai 2006, n° 233. À cette date, l’article présente donc publiquement Jean-Baptiste Astier de Villatte comme un créateur déjà établi, disposant de plus de 700 références de moules, d’une vingtaine de salariés et d’une diffusion internationale.
Cela ne démontre évidemment pas, à lui seul, que chacune des œuvres aujourd’hui litigieuses est originale au sens juridique. En revanche, le document peut contribuer à un faisceau de preuves : identité du créateur, continuité de son activité, caractéristiques de son travail, existence des modèles, méthode de fabrication, diffusion commerciale et reconnaissance extérieure.
Il est aussi utile que l’article soit signé par Sophie Laurenceau et que la rubrique indique être réalisée avec le concours de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat d’Indre-et-Loire. Cela lui donne une valeur documentaire sensiblement différente d’un texte publicitaire rédigé par l’entreprise elle-même.
Point à relever pour votre dossier
Je classerais cette pièce sous un intitulé du type :
« Presse – Tours Madame, mai 2006 : reconnaissance de Jean-Baptiste Astier de Villatte comme créateur et description de son processus de création »
Et le commentaire destiné à l’avocat pourrait principalement attirer son attention sur quatre éléments : l’attribution personnelle des créations à Jean-Baptiste Astier de Villatte ; la mention des “modèles conçus par l’artiste” ; la description précise de l’association terre noire/reliefs/émail blanc ; et l’existence, dès 2006, de plus de 700 références de moules issues de cette activité créatrice.
Cette pièce prend surtout de la force lorsqu’elle est rapprochée des documents antérieurs des années 1992-1993 et de l’attestation d’Anne Lajoix : elle peut alors contribuer à montrer non pas un épisode isolé, mais une continuité documentée de la création attribuée à Jean-Baptiste Astier de Villatte.

