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Seasons

novembre décembre 2010 Margriet de Groot & Pauline Joosten

Les variations ont beau être vertigineuses, la palette de couleurs reste remarquablement sobre : blanc, gris et bleu nuit. Les techniques imaginées par l’artiste Jean-Baptiste Astier de Villatte sont si raffinées que beaucoup tentent de le copier, le plus souvent sans succès.

Jean-Baptiste ne produit pas en série. Chaque tasse, assiette ou vase est fabriqué à la main par des artisans qu’il forme lui-même dans son atelier.

Lorsqu’on lui demande quel est son service préféré, il reste longtemps silencieux : « Si je dois vraiment choisir, ce serait probablement Rose découpées, le service dont le bord irrégulier est constitué de roses sur leurs tiges, comme si un rosier grimpant courait autour de l’assiette. Trouver le bon procédé de cuisson a représenté un immense défi. Toutes les pièces ne sont pas aussi abondamment décorées ; chaque collection comprend également des assiettes simples que l’on peut justement associer aux pièces les plus exubérantes. »

ÉMAIL BLANC

Les collectionneurs aiment particulièrement visiter l’atelier de la Loire, au milieu des châteaux et des demeures où Jean-Baptiste puise son inspiration.

« Ici, dans cet atelier, tout le processus est réalisé. La terre que nous utilisons est de la terre noire, une argile d’un noir profond cuite à très haute température. Après la cuisson, nous recouvrons les pièces d’un émail blanc. Le produit final est extrêmement solide, bien qu’il soit parfois beaucoup plus léger que son apparence ne le laisserait supposer.

Les pains d’argile sont d’abord divisés en morceaux, puis aplatis encore et encore, comme une pâte à croissant. À ce stade, l’atelier ressemble presque à une pâtisserie. Lorsque l’argile a enfin acquis la souplesse voulue, nous la pressons à la main dans un moule.

Après la cuisson, chaque élément du service est émaillé et repris à la main. Il reste peu de choses des anciens procédés de cuisson et ils ne sont pratiquement plus employés ; j’ai dû presque tout réinventer moi-même. »

CONCEPTION INSTINCTIVE

La manière de travailler de Jean-Baptiste attire de jeunes artistes récemment diplômés venus de toute l’Europe.

« Ils viennent dans mon atelier pour apprendre toutes les facettes du métier. Je me réjouis de cet intérêt parce que je considère que ces techniques ne doivent pas disparaître. Comme nous maîtrisons tout nous-mêmes et travaillons ensemble dans un grand espace, nous pouvons très bien nous adapter les uns aux autres et il reste aussi de la place pour expérimenter. »

Et les résultats sont là : Jean-Baptiste fut le premier à créer un service comportant un relief de dentelle, devenu depuis un classique.

Mais le style qui se vend le mieux reste le Louis XV, avec son bord classique et ondulant. Il existe également, pour varier, un Louis XV Baroque au décor particulièrement marqué.

« Ce que je préfère, c’est une table dressée avec des éléments provenant de différents services. C’est le mélange qui rend les choses intéressantes. Dans mes appartements privés aussi, j’associe toutes sortes de styles.

Je suis collectionneur de beaux objets et je sais immédiatement ce que je trouve beau : le premier regard est déterminant. Les belles choses me nourrissent ; je préfère investir dans celles-ci plutôt que dans une maison. »

La créativité de Jean-Baptiste ne connaît pas de limites. Pour mettre convenablement ses services en valeur, il a conçu des tables et des armoires en faisant appel à d’anciennes techniques artisanales, souvent à partir d’une combinaison de bois anciens et neufs, avec des compartiments et des tiroirs secrets.

« Dans mes meubles aussi, on retrouve mon goût du mélange : j’associe différentes sortes de bois, du neuf à l’ancien. Mes créations sont purement instinctives. Je ne fais jamais de croquis, encore moins de dessins élaborés. Tout est dans ma tête.

Autrefois, les artistes et les architectes travaillaient également de cette manière : ils prenaient leurs décisions sur place. C’est meilleur pour la créativité. Pourquoi faudrait-il se contraindre à l’avance ? Un esprit créatif profite davantage d’une liberté absolue. »

« Ce que je préfère, c’est une table dressée avec des éléments provenant de différents services. C’est le mélange qui rend les choses intéressantes. »

Texte : Margriet de Groot — Photographies : Pauline Joosten.

L’article est annoncé au sommaire sous « In het atelier van Jean-Baptiste Astier de Villatte », page 86.

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